La science adisciplinaire n’est définie sur le plan théorique que par sa visée, qui est celle de la connaissance la plus étendue possible et la compréhension la plus profonde possible du réel, qu’il s’agisse du réel dans la nature, du réel dans la société réelle ou de la réalité des concepts et des théories déjà conçus. Elle est en outre définie sur le plan pratique par l’objectif de l’action la mieux maîtrisée possible, que ce soit l’action sur la nature, l’action sur la société ou l’action sur les conceptions, les croyances, etc.  

            Les méthodes de la science adisciplinaire se transforment avec les époques. Ainsi, les chercheurs modernes utilisent la méthode expérimentale et les théories réfutables comme les anciens se servaient d’observations de la nature ou de la société, et de théories vues comme irréfutables. Les chercheurs à venir auront sans doute d’autres méthodes, différentes de la méthode expérimentale telle qu’on l’a conçue jusqu’à présent. Par exemple, les expérimentations élaborées par ordinateur seront peut-être des plus fécondes. Dans certains cas, leurs hypothèses et leurs théories seront réfutables à long terme, ce qui signifie qu’on s’habituera à l’idée des projets de recherche sur la longue durée et concernant l’ensemble des disciplines. Une application pratique de ce type  d’expérimentation — dite expérimentation de second ordre — sera donnée dans ce qui suit. 

            Les objets de la science adisciplinaires sont également relatifs aux époques, ou aux stades, du savoir globalisé. L’étude de l’Univers ne sera plus l’apanage des physiciens cosmologues, mais pourra devenir un objet d’étude adisciplinaire, conçu comme le potentiel réel global englobant toutes les potentialités d’objets d’étude, que ce soit d’après des concepts surtout hérités de la physique, de la biologie, des sciences humaines ou de la philosophie telles qu’on comprend ces champs de recherche actuellement, ou bien d’après des concepts d’un genre complètement renouvelé. 

             L’idéal de la science adisciplinaire ne coïncide pas avec celui de la recherche pure du savoir. La raison en est que nous ne pouvons savoir comment ce que nous apprenons est affecté par notre action. La visée adisciplinaire est donc une combinaison de théorie et de pratique sans qu’il nous soit possible de les dissocier entièrement. Comme dans la science actuelle, la science adisciplinaire ne permet pas a priori de séparer nettement les recherches pratiques (ou appliquées) des recherches théoriques (ou fondamentales). Les recherches pratiques peuvent apporter des informations permettant de faire avancer les théories, voire de les transformer en profondeur, et les recherches théoriques conduisent souvent à inventer de toutes nouvelles techniques. Les sciences dites appliquées, telles que la médecine, l’ingénierie ou la pédagogie sont déjà comprises de façon adisciplinaire dans la mesure où les applications pratiques sont souvent faites à partir d’un ensemble conjoint de connaissances théoriques. En médecine, par exemple, les traitements sont faits en fonction de ce qu’on apprend dans des disciplines aussi variées que la physiologie, la microscopie, la chimie pharmaceutique, la physique nucléaire, la psychologie, l’éthique, etc., et probablement d’autres champs de recherche qui nous sont encore inconnus de nos jours. 

            Voici en quelques points un résumé de ce qu’est la recherche adisciplinaire ou de ce qu’elle implique : 

·         Globalité : La recherche implique tous les champs de recherche de façon globale, sans spécialisation disciplinaire de principe. Par exemple, la physique et la biologie sont deux facettes de la même recherche.

·         Longue durée : Les chercheurs tentent de viser des objectifs de façon désintéressée; ils sont capables de se motiver, de s’organiser et de s’adapter afin de poursuivre une recherche sur le long terme, voire le très long terme. Ainsi, les programmes de recherches les plus importants prévoiront des étapes dans le futur et certaines expérimentations viseront une corroboration seulement dans un avenir trop lointain pour que les chercheurs actuels en soient témoins.

·         Réflexivité : La recherche est réflexive; elle sait se questionner de façon profonde et rigoureuse; les champs scientifiques et philosophiques se rejoignent de façon indissociable. Par exemple, les chercheurs s’interrogeront sur le sens profond de leur recherche. 

            Voici le contenu du livre en ce qui concerne les contributions à la recherche adisciplinaire selon l’une ou l’autre de ses trois caractéristiques : 

1.      Introduction

2.      Une interprétation de la recherche actuelle en termes de science non accomplie : l’interprétation non pythagoricienne des lois physiques : Longue durée et réflexivité de la recherche

3.      Le potentiel réel : Réflexivité et globalité de la recherche

4.      L’évolution : Globalité de la recherche

5.      La place de l’humain dans la nature : Globalité, réflexivité et longue durée de la recherche

6.      La conscience. Interprétation physico-cognitive : Globalité et réflexivité de la recherche

7.      Le potentiel humain : Longue durée, réflexivité et globalité de la recherche 

8.      Conclusion