Le modèle parental offre des éléments de solution possible, non parce qu’il donne une preuve de l’existence d’un Dieu bon, mais parce qu’il montre que l’idée d’un Dieu qui a créé ce monde n’est pas absolument contradictoire avec l’idée que ce Dieu est bon.  

            En effet, lorsqu’un homme et une femme décident librement de mettre un enfant au monde, on ne pense pas d’eux qu’ils sont méchants, ni qu’ils sont irresponsables. Pourtant ils savent, ou devraient savoir, que l’enfant aura à souffrir, d’abord en tant qu’enfant, puis en tant qu’adulte. Il aura à supporter les souffrances normales de la croissance, avec tous les désagréments que la vie comporte, sous la forme de besoins inassouvis ou de désirs insatisfaits, de frustrations de toutes sortes et, en outre, de malaises, de maladies et d’accidents et, inévitablement, de la mort au bout du compte. Mais ce n’est pas tout. Les parents assument le risque que leur enfant connaisse des difficultés d’aspect improbable mais, au fond, assez courantes dans le monde, telles que des infirmités, des incapacités ou des mésaventures plus ou moins graves. Les parents peuvent-ils être raisonnablement sûrs que leur enfant connaîtra une vie qui, au total, aura valu la peine d’être vécue? Quelle que soit la réponse qu’on pense devoir faire à une telle question, il faut admettre qu’on ne peut que difficilement conclure que l’homme et la femme qui décident, malgré tout, de procréer méritent d’en être blâmés.  

            Cela nous permet, à tout le moins, de penser que, si un Dieu nous a créés, il a pu consciemment envisager d’abord la probabilité élevée du mal dans l’histoire humaine sans que cela ne le dissuade d’aller de l’avant. Était-il convaincu que nous saurions comprendre son point de vue ? Sans doute, tout comme un père ou une mère peuvent espérer que leur enfant sera, en définitive, plutôt content d’avoir existé. 

            Cependant, comme un père ou une mère à l’égard de leur progéniture, Dieu a pu envisager également que sa créature ne comprenne pas tout de suite les aléas et les douleurs normales de l’existence. Comme pour les parents humains à l’égard d’un enfant en bas âge, Dieu peut ne pas être en mesure de faire comprendre ce qu’il faudrait faire comprendre à sa créature pour que celle-ci puisse accepter les souffrances, parfois intolérables, que ses tout débuts dans la vie comportent.

Suite