Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels. 

Plusieurs étudiants s’efforcent ici d’élucider le concept de respect des personnes et des groupes ; l’échange de propos concerne d’abord le respect des groupes ou des cultures et, en particulier, de la culture québécoise, pour déboucher sur un questionnement quant à l’avenir de français au Québec et dans le monde. 

Sonya Plourde :

            Je propose que nous tirions au clair ce qu’est le respect des personnes et des groupes en nous basant sur la Charte du respect que le professeur nous a montrée en classe. La voici : 

« Charte des forums actifs en philosophie (en classe ou sur Internet) »

Les participants doivent se respecter mutuellement d’après les trois points suivants :

 •   ils respectent l’opinion exprimée par les autres, quelle que soit cette opinion ;

  •   ils peuvent critiquer ces opinions — et ils sont même invités à le faire —, étant entendu que toute critique doit être faite dans le respect de celui dont on critique l’opinion, c’est-à-dire dans la recherche commune d’un terrain d’entente ;

 •   ils ne doivent chercher à dénigrer qui que ce soit ni quelque groupe que ce soit.

Charles Lacasse :

            D’accord, Sonya. J’ai déjà une idée de ce qu’est le respect des personnes et cela s’accorde avec la Charte, mais comment voir ce qu’est le respect des groupes d’après cette même Charte ?

Sonya P. :

            Je vais t’expliquer comment j’y vois un rapport avec le respect des groupes. Au premier point de cette Charte, il est stipulé qu’il faut respecter l’opinion exprimée par les autres, quelle que soit cette opinion. Cela signifie qu’un Québécois souverainiste ou un Canadien fédéraliste ont également droit au respect de leur opinion. Et il en va de même, par exemple, pour un Mohawk ou un Cri.

Charles L. :

            Concrètement qu’est-ce que cela signifie ? D’après ce que j’en comprends, voici un exemple qui me paraît pertinent. L’un d’eux pourrait être un membre d’une nation amérindienne ; il pourrait très bien déclarer qu’il n’est pas un Québécois même s’il habite sur le territoire québécois depuis sa naissance.

Sonya P. :

            C’est un bon exemple. Beaucoup de Québécois qui entendraient cela pourrait être contrariés parce que, selon eux, tous ceux qui ont leur lieu de résidence normal au Québec font partie des Québécois. Ils auraient l’impression que leur culture est rejetée et que leur groupe risque de s’affaiblir au profit d’un groupe rival, le Canada par exemple. Les Québécois devraient donc accepter d’entendre ce que ce dissident veut dire en tant que membre d’une autre nation vivant sur le territoire québécois.

Charles L. :

            Oui. Déjà si cet Amérindien était anglophone et ne souhaite pas apprendre le français, il serait vu par plusieurs comme un traître, surtout si d’autres membres de sa nation parlent français depuis des générations.

Mathieu Plourde :

            Je n’ai rien contre les Amérindiens, mais je considère qu’ils devraient parler français s’ils vivent au Québec. Il est tout à fait normal que ceux qui habitent au Québec parlent français, comme dans tout pays du monde. Si on va vivre aux États-Unis, on parle anglais ; si c’est en Italie, on parle italien et ainsi de suite.

Sonya P. :

            Ta position, Mathieu, est critiquable sur plusieurs points. D’abord le Québec n’est pas exactement dans la même situation que la France ou l’Italie. Ces pays sont souverains même en tant que membres de l’Union européenne. Le Québec n’est pas un pays souverain puisque le non l’a emporté dans les deux référendums qui ont été tenus sur cette question.

Mathieu P. :

            En fait, c’est vrai que le Québec n’est pas encore un pays souverain. Je pense toutefois qu’il devrait en principe être reconnu comme d’autres pays souverains même s’il ne l’est pas en pratique. En supposant qu’il s’agisse d’un État souverain, tu m’accordes qu’il serait tout à fait normal qu’on y parle français partout ?

Sonya P. :

            Ce serait en effet une situation normale. Par exemple, si quelqu’un vient s’exprimer en anglais dans ce forum, il sera correct de lui demander de le faire en français ou alors d’aller sur des sites anglophones. Il a le choix.

Charles L. :

            Pour ma part, voici comment je vois la question. Il s’agit en fait de savoir si quelqu’un a droit au respect s’il vit au Québec en anglais quel que soit le statut du Québec en tant qu’État autonome. Je crois que oui et que, si on n’est en désaccord avec son choix, il faut discuter avec lui de façon respectueuse, c’est-à-dire chercher sincèrement un terrain d’entente.

Sonya P. :

            Justement, si c’est vraiment normal de parler français au Québec comme on le fait en France ou comme on parle anglais aux États-Unis, on devrait arriver à un terrain d’entente sur ce point sans se dénigrer mutuellement.

Charles L. :

            Il resterait par exemple à voir si ce qui est normal est juste. Si jamais il se produit un jour une évolution des mœurs vers plus de liberté ou de diversité quant aux langues normalement parlées dans un endroit donné, alors on devra remettre en question cette normalité. Après tout, il était normal dans l’Empire romain de parler latin. Cela ne veut évidemment pas dire que tout le monde devrait aujourd’hui parler latin en Italie ou en France, par exemple.

Mathieu P. :

            Veux-tu suggérer, Charles, qu’un jour on ne parlera plus français au Québec ou même nulle part, et que le français pourrait devenir une langue morte ?

Marilène Saint-Onge :

            Je trouve cette discussion intéressante (merci, Charles d’avoir attiré mon attention). En fait, nous ignorons ce que réserve l’avenir à nos descendants. Toutes sortes de possibilités sont envisageables. Par exemple, j’imagine que le français pourrait demeurer une langue de culture importante, un peu comme le grec ancien ou le latin.

Mathieu P. :

            Tu accepterais, toi, que le français devienne une langue morte comme le latin ou le grec ?

Marilène S. :

            Je te ferai d’abord remarquer que le grec ancien n’est pas vraiment une langue morte, mais une langue de culture, ce qui est très différent. J’ai appris en classe récemment que l’expression langue de culture désigne une langue dans laquelle des œuvres prestigieuses ont été écrites. Le français est indéniablement une grande langue de culture. Pour moi, ce n’est pas du tout une langue morte parce qu’elle intéresse encore beaucoup de personnes plus ou moins cultivées. Il me semble que ce serait très bien si le français était utilisé encore longtemps comme une langue de culture.

Mathieu P. :

            Mais si le monde ordinaire cesse de parler français, je veux dire, si le français n’est plus une langue d’usage ordinaire, qu’est-ce que nous deviendrons, les Québécois (ou les autres francophones) ? Je vois mal comment une culture québécoise pourrait être maintenue dans ce cas.

Marilène S. :

            Je veux bien me faire comprendre. Je ne dis pas que je me réjouirais à l’idée que le français ne soit plus une langue d’usage ordinaire, mais que si le français survivait en tant que langue de culture, un peu comme le latin ou le grec l’ont fait longtemps dans les écoles, ce ne serait pas une mauvaise chose. C’est peut-être le plus beau destin d’une langue.

Charles L. :

            Crois-tu Marilène que, si un jour le français n’est plus une langue d’usage ordinaire mais qu’il demeure une langue de culture, cela voudrait dire que le français resterait une langue figée ? parce que, si c’est le cas, je crois qu’elle sera alors morte.

Marilène S. :

            En fait, Charles, je crois qu’une langue de culture vit encore et peut vivre encore de façon productive à travers les auteurs qui écriront encore dans cette langue. Elle demeurera donc vivante. 

Une suite est donnée à cette discussion dans un second et un troisième forums sur le respect. Le lecteur pourra alors voir que d’autres problèmes parmi les plus difficiles seront traités par des étudiants en ce qui concerne le respect des groupes.