Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels. 

      Deux étudiants qui militent dans le mouvement Amnistie Internationale veulent convaincre les autres étudiants de signer une pétition en faveur de dissidents en Chine. 

Jessica Schoefield :

            Gabriel et moi avons ici pour but d’obtenir le plus d’appuis possible en faveur des dissidents chinois. Ce forum de discussion devrait aider à sensibiliser les étudiants au problème de l’absence quasi-totale de droits et liberté en Chine. Nous posons donc la question à tous : trouvez-vous important de venir en aide à des personnes qui sont sacrifiées parce qu’elles défendent ouvertement les droits fondamentaux de la personne ?

Gabriel Cabana :

            Je tiens à ajouter que signer une pétition paraît un geste insignifiant mais que c’est au contraire ce qui pourrait permettre d’améliorer la situation dans un pays où les droits de la personne sont bafoués. Chez Amnistie Internationale, nous savons par expérience que souvent les dictateurs ou les gouvernements intolérants tiennent compte de ce type de pétition parce qu’il sont soucieux de leur image.     

Chantal Healy :

            Quand j’ai su qu’un forum était ouvert sur les droits humains en Chine, j’ai aussitôt voulu aller y participer parce que je trouve que c’est une cause importante. Je trouve horrible la façon dont le gouvernement chinois maltraite tous ceux qui osent défier son autorité. Par exemple, des Tibétains ont été massacrés par l’armée chinoise seulement parce qu’ils manifestaient.

Jessica S. : Oui et il est important de se tenir au courant de tout ce que les gouvernants chinois font en essayant de ne pas attirer l’attention des médias.

(…)

Félix Lee-Chagnon :

            Je m’excuse d’apporter une voix discordante à ce concert. Pour ma part, j’estime que ce qui se passe actuellement en Chine aux niveaux économique et social est très positif pour les Chinois en général. La Chine, dont la population équivaut au cinquième de la planète, était jusqu’à récemment comptée parmi les pays du tiers-monde. Or, elle commence à en sortir et elle est en train de devenir le pays le plus important en termes de ressources humaines et de savoir-faire.

Jessica S. :

            Mais Félix, la Chine est surtout en train de devenir le pays le plus stigmatisé à cause de la façon dont les personnes y sont maltraitées. Il est impossible de s’exprimer librement dans ce pays. À quoi bon devenir riche si on le fait de façon complètement immorale ?

Félix L.-C. :

            Je crois que vous, les gens d’Amnistie Internationale, comprenez mal ce qui se passe en Chine. D’abord y êtes-vous allés ? Moi, j’y suis allé et j’ai trouvé qu’il y avait plus de liberté qu’auparavant, à l’époque du régime communiste fermé.

Chantal H. :

            Plusieurs militants de notre ONG militent en Chine. Mais tu dis, Félix, qu’il y a en Chine plus de liberté. Plus de liberté pour qui ? Pour les dirigeants peut-être. Qu’est-ce que tu penses, Félix, de la façon dont le gouvernement chinois traite le Tibet et les Tibétains ?

Félix L.-C. :

            Je ne dis pas que tout est parfait. Cependant les Chinois ne font pas pis que ce les Français ou les Anglais, par exemple, ont fait avec d’autres peuples (y compris les Chinois) dans leur histoire.

Jessica S. :

            C’est sûr. Si les Français ou les Anglais faisaient aujourd’hui ce qu’ils ont fait à d’autres peuples dans le passé, je serais la première à les dénoncer. Si l’on veut que les choses s’améliorent, il faut faire quelque chose et nous, d’Amnistie, croyons que dénoncer les abus est nécessaire.

Gabriel C. :

            En fait, nous ne connaissons pas de meilleur moyen de faire avancer les choses. Il faut faire ce qui peut rapporter des résultats. Grâce aux efforts d’Amnistie Internationale, plusieurs otages ont été libérés et plusieurs personnalités qui militent pour la justice ont été mieux traitées.

Félix L.-C. :

            D’accord, peut-être qu’Amnistie Internationale fait des choses utiles avec les moyens dont elle dispose. Je vois toutefois un paradoxe dans le fait de dénoncer et de condamner des personnes (même si ces personnes ont du pouvoir) qui elles-mêmes essaient d’agir pour le mieux avec leurs propres moyens. Je suis convaincu, pour ma part, que les gouvernants chinois sont en majorité des personnes qui veulent améliorer le sort de leurs compatriotes. Ils savent mieux ce qu’il faut vraiment faire puisqu’ils sont eux-mêmes des Chinois.

Gabriel C. :

            C’est intéressant ce que tu viens d’écrire, Félix. Si les gouvernants chinois sont des gens de « bonne volonté », c’est-à-dire s’ils veulent vraiment faire avancer la Chine sur le plan humain à tout point de vue, il faut essayer de les comprendre et de les aider. Mais comment le savoir ? Nous pensons qu’il nous faut nous baser sur ce que les médias rapportent et cela suffit pour savoir que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête des dirigeants chinois.

Félix L.-C. :

            J’apprécie ton effort de compréhension, Gabriel, mais je pense que tu te laisses endoctriner par des médias qui ne rapportent les faits que de façon superficielle. Ils font ce qu’on pourrait appeler une contre-propagande dans le but de contrebalancer la propagande chinoise. Or, cette contre-propagande est aussi déformante ou dénigrante que la propagande chinoise.

Gabriel C. :

            Peut-être as-tu raison, mais je vois mal comment agir autrement que nous le faisons, Jessica et moi. Vois-tu une autre façon de faire qui serait meilleure, Félix ?

Félix L.-C. :

            Ce que suggère est de mettre en pratique les principes du respect des groupes du Projet Respect. Comme je le vois, cela signifierait de cesser de condamner (ou de dénoncer, blâmer, faire des reproches, criminaliser, etc.) et s’efforcer de faire toujours une critique rationnelle et constructive. Ainsi, vos pétitions pourraient demander qu’il y ait plus de respect aussi bien d’un côté que de l’autre, aussi bien du côté des médias occidentaux que du côté des autorités chinoises.

Gabriel C. :

            Si je comprends bien, Félix, tu crois que nous diabolisons les gouvernants Chinois et même la Chine en tant que nation. Nous avons appris en effet que condamner ou criminaliser sont des façons détournées, plus subtiles, de diaboliser.

Félix L.-C. :

            C’est bien cela. Il ne sert à rien de diaboliser, c’est-à-dire de criminaliser, condamner, dénoncer, si ces mots veulent dire qu’il faut « détruire le mal » à sa source humaine. Les gouvernants chinois ont fort à faire aussi bien aux points de vue économique, social que politique. Ils doivent naviguer au mieux entre trop de stabilité sociopolitique et trop de désordres.

Gabriel C. :

            Ce que tu dis me paraît sensé et constructif pour l’avenir, y compris en ce qui concerne les droits de la personne. Du moins, c’est ce que tu espères, non ?

Félix L.-C. :

            C’est juste, mais je ne suis pas sûr, par exemple, que la liberté d’expression à l’occidentale soit ce qui convient le mieux aux Chinois. Il faut critiquer cette liberté lorsqu’elle devient licencieuse et ne respecte pas les efforts de bonne volonté des gouvernants, que ce soit en Chine ou ailleurs.

Gabriel C. :

            D’accord, c’est ce que semble suggérer une approche plus respectueuse des personnes et des groupes. Mais comment faire exactement ? Faut-il laisser les gouvernants chinois agir à leur guise ? Comment les critiquer d’une certaine façon qui soit constructive et en vue de plus de respect ?

Félix L.-C. :

            Je pense qu’il faut avouer que personne ne sait exactement comment il faut faire. Cependant nous pouvons peut-être nous mettre d’accord pour cesser les expressions réprobatrices qui ne sont que des façons d’attiser le mépris et la violence.

(…)

Jessica S. :

            J’ai lu et relu votre échange, Gabriel et Félix. C’est passionnant et un peu surprenant, et cela semble prometteur pour l’avenir. Mais en attendant, que faire pour la culture tibétaine, par exemple, que l’on est en train de détruire ? J’aimerais bien savoir quel langage « constructif » ou quelle action « de bonne volonté » permettrait de solutionner ce problème.

Gabriel C. :

            Ce que tu dis est juste, Jessica. Il y a là un problème de taille.

Félix L.-C. :

            Les Occidentaux sont mal placés pour faire la leçon aux Chinois sur ce type de problème. Non ?

Jessica S. :

            C’est très juste, Félix. Aussi nous faut-il continuer de chercher avec la plus grande ouverture d’esprit possible et ce, dans le plus grand respect possible des autres.

Fin de l’échange.