Le caractère personnel de Dieu est en fait une hypothèse, au même titre que son existence. Nous ne pouvons affirmer ni l’une ni l’autre. Nous ne pouvons que tenter de savoir si ce type d’hypothèse tient la route et nous fait avancer lorsque nous tentons de l’intégrer dans notre compréhension des choses, soit notre compréhension du monde, en y incluant la vie et les potentialités du vivant, de même que l’humain et les potentialités de l’humain.  

            Nous pourrions plutôt faire l’hypothèse que tout ce qui existe dans le monde, et le monde lui-même, découle simplement du « hasard ». C’est la tendance forte de la science contemporaine. Toutefois, il y a lieu de se demander ce que pourrait signifier un « hasard » auquel seraient attribuables l’existence même du monde, ou de l’univers, celle de la vie et celle de l’humain, en même temps que toutes les potentialités, tout ce qui a été réalisé et tout ce qui est encore possible, y compris la conscience générale de l’humain, ses connaissance, incluant la science, et son sens éthique. En fait, la science actuelle n’explique pas l’origine de ces potentialités. On voit même très mal comment elle pourrait commencer à l’expliquer sur la base de ses méthodes 1. C’est pourquoi les scientifiques s’en remettent en dernière instance et à défaut de mieux à la notion extrêmement vague et indéfinie de hasard. À ce compte, l’hypothèse — somme toute plus définie en tant que telle — de l’existence d’un être conscient qui aurait créé notre univers et qui nous aurait créés intentionnellement ne semble pas du tout à négliger.  

            Selon Jean Delanglade, Dieu est un « Sujet personnel » parce que, s’il ne l’était pas, il serait moins que nous 2. Admettons que, si un être a été capable de produire l’univers et tout ce qu’il contient en potentialités réelles de toutes sortes, alors cet être a, en effet, des caractéristiques qui nous surpassent. Il se pourrait qu’il ait des intentions, des projets ou des buts. Il aurait aussi, sans doute, une connaissance et une compréhension des choses, bien plus rigoureuses et bien plus profondes que les nôtres, et certaines capacités qui dépasseraient de loin les nôtres.   

            Ce Dieu, s’il existe, pouvons-nous l’invoquer ? Pouvons-nous être avec lui personnellement en rapport ? Pouvons-nous être en rapport personnel avec une personne d’une autre temporalité ou d’une autre dimension ? En un sens inouï, peut-être. Comme Dieu, s’il existe, semble s’intéresser surtout au sort de l’humanité globale, il semble peu probable qu’il se mette lui-même en rapport avec les êtres humains comme dans le rapport qui existe entre deux personnes humaines. Peut-être le fera-t-il avec nous, en tant qu’humanité, et, sans doute, d’une manière qui nous est encore inconcevable.

1 On pourrait peut-être même se demander s’il faudrait attribuer l’existence des structures mathématiques au « hasard » et, alors, à quelle sorte de « hasard » ? 1

2 Jean Delanglade, Le problème de Dieu, Paris, Aubier-Montaigne, 1968, p. 208-209. 2