Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels.

      Des étudiants s’interrogent sur leur responsabilité réelle, sur le plan éthique, en regard de celle que devrait se reconnaître elle-même la société.

Jimmy Nadeau : 

            Les juges devraient le savoir que les jeunes délinquants ont besoin d’aide et non de punition. En tout cas, le prof de philo est d’accord. Je lui ai expliqué pourquoi nous, les jeunes, avons besoin d’un système juste et non du système actuel. 

Kim Brunet : 

            Je suis d’accord, Jimmy. As-tu été attrapé par la police ? Moi, je n’ai pas honte de le dire que je suis passée en cour pour avoir « piqué » un bracelet. 

Jimmy N. :

            C’est comme moi. Un petit vol à l’étalage. J’ai été traité comme un criminel, quelqu’un qu’on diabolise. On m’a catalogué comme un adulte (j’avais 19 ans) et, donc, responsable de ses actes. Mais cela ne veut rien dire. Qui peut être réellement responsable de ses actes ?

Jean-Philippe Turcotte :

            Je m’excuse, vous deux, mais il n’y a pas de « petit vol ». Tout vol est une atteinte au bien d’un autre et doit être puni en conséquence. C’est comme ça que ça marche et que ça doit être. Vous me faites penser à ces plaignards, défenseurs des droits des détenus. Lorsqu’on fait quelque chose de pas correct, il faut payer pour.

(…)

Martin Cabana-Laliberté :

            Je suis tombé sur la réplique de Jean-Philippe par hasard. Je ne m’attendais pas à cela de lui. Je le croyais un peu « bum », si je peux dire. Je suis plutôt d’accord avec Jean-Philippe sauf que je le dirais différemment. Comme tout adulte, Jimmy, tu es responsable de tes actes. Il faut assumer ses responsabilités. Tu n’es plus un enfant.

Jimmy N. :

            J’espérais que quelqu’un de plus intelligent s’exprime ici. Je veux dire de plus éclairé que celui d’avant. Martin, je veux discuter avec toi de la responsabilité. Comme dit le prof, c’est un concept important en éthique. C’est quoi la responsabilité, Martin ? Est-ce que c’est être capable de prévoir ce qui va arriver à la suite de ses actes, quasiment la capacité de prédire l’avenir ?

Martin C.-L. :

            C’est très simple, la responsabilité, c’est d’assumer ses actes et leurs conséquences. Lorsque tu fais quelque chose d’illégal, cela te retombe sur le nez. Alors c’est juste. Il faut être capable de façon raisonnable de prévoir les conséquences de ses actes.

Jimmy N. :

            Parles-tu de responsabilité juridique ou de la responsabilité éthique ?

Martin C.-L. :

            C’est la même chose si on admet que les lois sont pour tout le monde et qu’elles sont ajustées à la morale. Quand on les enfreint, on attaque tout le monde.

Jimmy N. :

            O.K., admettons. Tu dis que tout adulte doit être capable de prévoir les conséquences de ses actes. C’est différent pour les enfants ?

Martin C.-L. :

            Bien sûr, les enfants ne doivent pas être tenus responsables au même titre qu’un adulte.

Jimmy N. :

            Que veux-tu dire exactement, Martin ? Y a-t-il une différence absolue entre un adulte, capable de prévoir les conséquences, et un enfant, incapable de prévoir les conséquences ? L’enfant de quel âge est incapable ?

Martin C.-L. :

            La réponse raisonnable est que les mineurs, donc les personnes de moins de 18 ans, ne sont pas vraiment aptes à prévoir les conséquences de leurs actes.

Jimmy N. :

            Mais il y a quand même une grande différence entre un jeune de 17 ans et un enfant de 6 ans. Il est évident qu’il peut y avoir de grandes différences entre deux adultes. Non ?

Martin C.-L. :

            C’est certain qu’une différence existe entre les adultes en ce qui concerne leur capacité de prévoir les conséquences de leurs actes. Néanmoins tout adulte a une conscience qui lui dit si ce qu’il fait est bon ou mauvais.

Jimmy N. :

            Les enfants aussi ont une conscience. Il suffit de voir comment réagit un enfant qui se sait fautif. Est-ce que tu reconnais, Martin, que la conscience morale peut changer beaucoup d’un individu à l’autre, surtout s’ils sont de cultures différentes ? Un musulman intégriste a-t-il la même conscience morale que nous ?

(…)

Martin C.-L. :

            Écoute Jimmy (si je peux écrire cela ici). J’ai essayé de me documenter à propos de la responsabilité et de la conscience morale. Je dois avouer que je n’y ai pas trouvé grand-chose qui me permettrait de répondre autrement que je vais le faire. À la question « Pourquoi ne faisons-nous pas de distinction de principe entre les adultes alors que le faisons entre un majeur et un mineur ? » On peut répondre 1) qu’il revient au juge de décider de la véritable responsabilité d’un accusé et de décider de la meilleure peine s’il est déclaré coupable, et 2) qu’on ne peut raisonnablement commencé à faire des distinctions fines entre les âges, les formations ou les origines culturelles des accusés ; on n’en finirait jamais. C’est donc une question d’expérience et de jugement raisonnable.

Jimmy N. :

            On invoquait aussi l’expérience et le jugement raisonnable, au XVIIIe siècle, lorsqu’on condamnait à la peine de mort des voleurs et même des enfants. Qui pourrait nier que les condamnations et les sanctions sont appliquées de façon très relative ?

Martin C.-L. :

            Oui, je te le concède, Jimmy. On peut dire que tu as réfléchi à ce sujet ! Il me faut reconnaître que toute notre conception de la justice est bien plus relative qu’on ne le croit habituellement. C’est embarrassant pour les philosophes !

Cette discussion s’est terminée là. Ouf !