Dieu (le « vrai », s’il existe) ne tient pas nécessairement à ce que les humains demeurent fidèles à un groupe religieux (ou à un groupe national, etc.). Il ne tient pas nécessairement à ce que nous ayons la foi en la divinité d’un groupe plutôt que celle de tout autre. Au contraire, un Dieu qui aurait créé l’humanité, donc tous les groupes humains, les considèrerait tous pour ce qu’ils sont, des groupes qui cherchent à survivre et qui cherchent à se développer, en concurrence les uns avec les autres, et qui ont chacun une représentation de la divinité ou de la réalité suprême. 

            Ce qu’on a appelé « péché » constitue, dans les pires cas, des fautes morales contre le groupe religieux ou contre ses membres. Certes, il est possible que Dieu (s’il existe et s’il est bon) soit contrarié du fait qu’un tort soit commis contre un groupe humain. Cependant, puisqu’il est très difficile de croire qu’il serait partisan d’un groupe contre un autre groupe, sans doute lui importerait-il plutôt que l’humanité se développe dans son ensemble. Nous pouvons croire qu’il souhaite que tous les individus et tous les groupes puissent se développer normalement. Nous devons toutefois reconnaître qu’il nous est difficile de savoir ce que Dieu considérerait comme « normal » et que nous devrons nous contenter de faire là-dessus certaines hypothèses. 

Il semble ainsi fort probable que la dissidence ne contrarie nullement Dieu. Peut-être même y verrait-il un signe de développement humain très positif. Les phénomènes de dissidence sont plutôt nombreux dans l’histoire. Il est fort possible qu’à l’instar du petit groupe dissident des premiers bouddhistes ou des premiers chrétiens, la plupart des groupes religieux soient issus d’une dissidence à partir d’un groupe plus ancien. Il semble bien que les phénomènes de dissidence puissent être considérés comme normaux.  

            Si la divinité a souvent été représentée sous les traits du Dieu jaloux, vengeur ou justicier, c’est qu’il s’agissait de la déité du groupe 1. Cette image n’a en soi rien à voir avec le Dieu créateur comme tel. Il émane de l’esprit immature de la collectivité et il est probable qu’on peut en retrouver l’équivalent dans toutes les cultures. Elle est ce qu’on pourrait appeler un stéréotype historico-socio-culturel.

1 Voir § 6. 1