Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels.  

            Les deux étudiants Maxime Beauregard et Marc-André Duclos ont demandé de faire un second forum sur le même thème général de l’avenir de la religion et de la croyance en Dieu. Leur but demeure, sinon de parvenir, au moins de tenter d’arriver à une façon commune de comprendre Dieu et la religion. Ils y parviendront à un point inespéré… 

L’avenir de la religion 

Maxime B. : 

            Nous avons progressé tous les deux, Marc-André, vers une conception commune de Dieu. Pourquoi pas envisager maintenant que l’étape suivante sera de progresser vers une conception commune de la religion ? 

Marc-André D. :

            Je préfère t’avertir, Maxime. Si tu espère faire de moi un fervent catholique, tu te trompes. L’Église catholique m’apparaît comme la plus grosse vieillerie, le plus gros fossile vivant de notre époque. Il me semble parfois que, de toutes les religions que je connais, c’est la pire ou l’une des pires. 

Maxime B. : 

            C’est que tu n’en connais pas beaucoup, Marc-André ! Pour ma part, je vois en l’Église catholique une vénérable institution qui a contribué à nous faire progresser ni trop vite, ni trop lentement, mais de façon relativement harmonieuse jusqu’à nos jours. J’espère qu’elle sera capable de le faire encore dans l’avenir. 

Marc-André D. : 

            C’est un peu drôle, Maxime. Je ne connais à peu près personne qui serait d’accord avec toi là-dessus. Comment vois-tu que l’Église catholique a évolué ? 

Maxime B. : 

            De mon point de vue, c’est évident que l’Église a évolué. Tout historien m’appuierait là-dessus, j’en suis sûr, à moins peut-être qu’il soit anti-religieux. Il faut considérer ce qu’était l’Église dans l’Antiquité puis ce qu’elle est devenue au fil des siècles jusqu’à nos jours. Je pourrais parler de la Contre-Réforme et du renouveau spirituel (XVIe siècle), du catholicisme social ou de l’aggiornamento du concile Vatican II. Je ne vois pas pourquoi cette évolution s’arrêterait aujourd’hui. Je la vois comme le signe assez évident que l’Église de demain sera profondément transformée par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui. 

Marc-André D. : 

            Je dois reconnaître qu’il y a eu en effet des changements, mais il me semble que ces changements n’ont jamais été d’avant-garde, mais plutôt seulement des mises à jour compensant mal le retard. C’est bien ainsi que l’Église catholique actuelle nous apparaît, non ? 

Maxime B. :  

Peut-être as-tu raison, mais ce n’est pas contraire à ce que j’ai affirmé. J’ai précisé, plus haut, que l’Église n’évoluait ni trop vite, ni trop lentement. Ne crois-tu pas, Marc-André, que cette façon de faire est plus sage que la façon de faire des extrémistes qui sont pressés de réaliser leur idée de la justice au point de faire des massacres et des guerres afin d’imposer leur idée du bonheur ou de la justice ?

Marc-André D. :

            C’est sans doute vrai. Les progressistes sont souvent trop impatients. Ils ne pensent guère qu’en termes de révolutions et ils tendent à condamner tout ce qui entrave ou ralentit le processus révolutionnaire. Par exemple, la Révolution française a été accompagnée de la Terreur et la Révolution russe a été également de nature guerrière.

Audrey Messier-Laplante :

            Je ne crois pas que les changements sont trop rapides en ce qui concerne l’égalité des femmes par rapport aux hommes. Il n’y a qu’à voir comment persiste la différence des salaires moyens hommes-femmes. Quant à l’Église catholique, pourquoi ne fait-elle pas comme les anglicans, qui ont nommé évêque une femme ?

Maxime B. :

            Ce que tu dis est vrai, Audrey, mais l’Église anglicane est plus petite que l’Église catholique et elle compte une plus grande proportion de fidèles capables d’accepter ou de tolérer de tels changements. D’ailleurs, ces changements ne sont pas acceptés facilement et certains anglicans craignent un schisme de leur église. Il est sûr que la direction catholique se veut plus prudente. 

Marc-André D. : 

            Plus prudente ou plus conservatrice? La lenteur de l’évolution doctrinale n’est pas le seul problème que pose à mes yeux l’Église catholique. À mon avis, le fait que l’Église catholique romaine se considère comme la seule église légitime constitue un manque flagrant de respect envers toutes les autres églises.

Maxime B. :

            Là encore, je suis d’accord avec toi, Marc-André. Je crois que tant que l’Église catholique manquera de respect envers les autres groupes religieux, elle ne pourra pas être considérée comme véritablement catholique, où je prends ce mot en son sens grec d’origine, katholikos, qui veut dire universel. Je dirais que, pour ma part, je me considère catholique au sens d’origine de ce mot et non au sens qu’il a pris chez les catholiques romains depuis le XIIIe siècle. Mon Église est universelle, c’est-à-dire qu’elle reconnaît tous les groupes religieux et qu’elle cherche plutôt à les aider qu’à leur nuire dans leur propre développement, pourvu que ce développement se fasse dans le respect des autres groupes religieux.

Marc-André D. :

            Bon, là je me sens beaucoup plus d’accord avec toi, Maxime. Cependant, si je comprends bien ta position, tu te veux dissident de l’Église romaine ?

Maxime B. :

            Non, je ne suis pas dissident de cette église1 et j’entends lui rester fidèle. Je me donne toutefois le droit de critiquer de façon constructive ce qu’elle est présentement afin de l’aider de mon mieux, si je peux dire, à être ce que dans le fond elle devrait être, c’est-à-dire un modèle à suivre en ce qui concerne le respect de l’humain.

Marc-André D. :

            Je ne suis pas sûr de te comprendre, Maxime. À première vue, il me semble que tu te contredis. C’est comme si tu disais que tu es à la fois catholique et non catholique.

Maxime B. :

            Je ne pense pas que je me sois contredit. Je dis d’une part que je suis catholique au sens que je suis fidèle aux institutions du catholicisme tel qu’il existe présentement. Et, d’autre part, je dis que suis partisan d’un véritable esprit catholique au sens de katholikos, qui signifie universel, et non « catholique » au sens qu’a pris ce mot depuis le XIIIe siècle.

Marc-André D. :

            Mais il y a quelque chose qui cloche, sans mauvais jeu de mots! Je vois dans tes propos encore la même contradiction. Tu dis être catholique au sens de l’Église catholique actuelle et, en même temps, ne pas être catholique au sens que ce mot a pris.

Maxime B. :

            Je crois voir ce qui ne va pas. Lorsque je dis que je suis catholique au sens de l’Église actuelle du même nom, je veux dire que je veux rester membre de cette église particulière, qui s’appelle elle-même « catholique ». Puis, tout de suite, je me dissocie du sens qu’on donne à ce mot, mais seulement de ce sens, et non de ce qui est désigné en fait par ce mot. Tu me suis ?

Marc-André D. :

            Oui, je pense que je commence à comprendre ce que tu veux dire. C’est plutôt subtil. Seulement, je ne vois toujours pas clairement 1) pourquoi tu tiens à demeurer membre de ce groupe religieux, dit « catholique », et 2) pourquoi tu tiens à te dissocier du sens pris par le mot « catholique ». N’est-ce pas comme si tu disais que tu reste fidèle à ton groupe tout en espérant que ce groupe change de nom ? Il me reste à bien saisir la raison pour laquelle tu sembles vouloir que l’Église catholique, ton église, change de nom.

Maxime B. :

            Il est vrai que je tiens à rester membre de l’Église catholique, qui est depuis que je suis baptisé mon Église. Le problème est que si mon Église, qui est dite « catholique », continue de vouloir se faire appeler ainsi, elle manifeste qu’elle refuse de reconnaître l’existence des autres églises et même des autres groupes religieux en général. C’est un peu comme si, par exemple, la France voulait qu’on l’appelle « la Civilisation ». Ce serait manquer de respect envers les autres cultures.

Marc-André D. :

            Il faudrait alors que l’Église catholique change de nom pour que tu acceptes d’y demeurer fidèle ?

Maxime B. :

Non, je ne crois pas que cela soit nécessaire. Et, de toute façon, ainsi que je l’ai affirmé déjà, je n’ai nul désir de cesser d’en être un membre. Le mot catholique en est venu à perdre son sens d’origine. Il faudrait en revanche que l’Église catholique accepte l’idée d’un regroupement universel des groupes religieux dont elle ne serait elle-même que l’un des membres, à égalité avec les autres. Conserver le nom de catholique ne serait pas plus irrespectueux que de garder une ancienne étiquette afin de se faire reconnaître. Admettons que l’Église catholique a en quelque sorte hérité d’un droit naturel à porter ce nom. Cependant, accepter de n’être qu’un groupe membre de l’ensemble universel des groupes sera sans doute le seul moyen de rallier les autres à une véritable Assemblée universelle. Cela lui permettrait, je l’espère, de jouer un rôle de leader dans la constitution future de cette Assemblée.

Marc-André D. :

            Je pense que je comprends maintenant. Il n’y a en effet aucune contradiction à ce que l’Église catholique se reconnaissance comme étant un groupe membre de l’Assemblée universelle des églises et des groupes en général. Il nous faut comprendre cette Assemblée universelle comme une sorte d’Organisation des Nations unies à ceci près que tous les groupes, incluant les groupes religieux, y seraient en principe reconnus. Nous avons vu un concept assez semblable en classe, le concept de démocratie globale. C’est, je crois, une belle idée pour l’avenir, mais est-ce que cela sera vraiment réalisable ?

Maxime B. :

            N’oublie pas ce que nous avons appris là-dessus. Même si ce concept a présentement l’air complètement utopique, il faut se rappeler que l’idée originale de l’ONU (Organisation des Nations unies) est apparue en 1795, dans le Projet de paix perpétuelle de Kant. Il fallut donc plus de 150 ans avant que l’idée de Kant puisse être vue comme réalisable2

Marc-André D. : 

            Pour ma part, je ne crois pas que je deviendrai jamais membre de l’Église catholique. Par contre, je tiendrais à faire partie de cette Assemblée universelle, dont j’aimerais bien qu’elle voit le jour avant que je ne sois plus de ce monde. 

Épilogue  

Maxime et Marc-André ont voulu en quelque sorte consacrer l’aboutissement de leur dialogue par un autre geste. Ils se sont entendus sur la formulation suivante de leur credo commun. 

           « Manifeste pour Dieu 

            Ce manifeste pour Dieu est le manifeste d’une recherche de Dieu sur de nouvelles bases. Il s’agit d’une nouvelle façon d’approcher la divinité, selon laquelle Dieu — s’il existe — ne se reconnaît lui-même pleinement dans aucune des traditions religieuses particulières.            

            C’est en quelque sorte un pari : Dieu, non seulement ne s’oppose pas à ce que nous cherchions à comprendre mieux et différemment ce qu’il est mais, en outre, il le souhaite ardemment. Ce pari consiste aussi à croire que nous pouvons remettre en question les croyances existantes, nous rapprocher d’une meilleure idée de Dieu et que, ce faisant, nous pourrons également concevoir une meilleure idée de l’humanité. En d’autres termes, c’est le pari que nous pourrons trouver un sens plus valable à la vie, à l’histoire et à notre existence d’humains. » 

1 Maxime a tenu après coup à préciser qu’il n’est pas dissident au sens de la dissidence à partir d’une culture morale. Sa dissidence en est seulement une d’opinion, ce qui signifie simplement qu’il marque un désaccord sur certains points d’opinions. Il peut donc être dissident d’opinion sans être dissident au sens de la dissociation d’un groupe. 1

2 Maxime oublie la Société des Nations (SDN) qui, fondée en 1920, représentait une réalisation partielle de l’idée de Kant, c’est-à-dire l’idée que les nations européennes vivent en paix. Le concept de démocratie globale est esquissé dans le chapitre 12 du Phénomène de la mondialisation. Vers le droit à la dissidence et la démocratie globale (Québec, Presses Inter Universitaires, 2002). 2