Note : Les noms des personnages de ce forum sont fictifs. Toute coïncidence n’est attribuable qu’au hasard bien qu’il soit possible que les prénoms et les noms de famille reproduisent ceux d’étudiants réels. 

            Deux étudiants ont demandé de faire un forum dont le thème général serait l’avenir de la religion et de la croyance en Dieu. L’un croit en Dieu et se veut chrétien d’abord et avant tout. L’autre est indécis. En fait, il voit aussi bien des raisons d’être athée, qu’agnostique ou croyant. Leur but est, sinon de parvenir, au moins de tenter d’arriver à une façon commune de comprendre Dieu et la religion.

Connaît-on aujourd’hui de bonnes raisons de croire en Dieu ? 

Maxime Beauregard :  

Pour ma part, il n’y a pas de doute. Je crois en Dieu et je prétends que tous devraient croire en Dieu. 

Marc-André Duclos :

            Ma position est très différente. Je ne vois que de bonnes raisons de douter. Par exemple, la science moderne est tellement bien établie que je vois mal comment quelqu’un, à notre époque, peut encore croire en Dieu. 

Maxime B. :  

            Ton argument est très pertinent. On pourrait en effet croire que la science moderne a réponse à tout. Mais en fait, tel n’est pas le cas. La science moderne explique les processus observables et, de ce fait, elle ne fait aucune théorie sur Dieu. La plupart des scientifiques te diront, Maxime, que la connaissance scientifique est compatible aussi bien avec la croyance en Dieu qu’avec la non-croyance. 

Marc-André D. : 

            D’accord, mais peux-tu me donner une seule bonne raison de croire en Dieu, à moi qui n’en voit aucune ? 

Maxime B. : 

            J’en vois plusieurs. Il y a par exemple l’argument du pari. Si Dieu existe et que tu paries sur sa non-existence, tu perdras la vie éternelle. Et, si Dieu n’existe pas, ce que tu gagnes est que tu auras eu raison contre d’autres. Si, à l’inverse, tu paries que Dieu existe et qu’effectivement il existe, tu auras la vie éternelle en plus d’avoir eu raison. Et, si Dieu n’existe pas, alors tu auras eu tort, mais tu resteras sans le savoir de façon sûre. Tu vois que, logiquement, il est plus avantageux de croire parce qu’ainsi, on a beaucoup moins à perdre. 

Marc-André D. : 

            Logiquement, l’argument du pari semble te donner raison, Maxime. Il est néanmoins insuffisant et je parierais (justement !) que ce n’est pas pour cette raison que tu crois en Dieu. Pour ma part, cela pourrait m’intéresser concrètement si j’avais des chances de gagner 200 000 $ ou un voyage en Chine. Mais gagner la vie éternelle demeure pour moi une idée abstraite. Cela ne me dit rien du tout puisque j’ignore ce que c’est. 

Maxime B. :  

            Là-dessus, tu as raison Marc-André, ce n’est pas la raison principale pour laquelle je crois en Dieu ; je la trouve moi-même très insuffisante. Ma raison principale de croire en Dieu serait tout autre chose. J’ai la conviction que le message chrétien est celui qui fait le plus de sens même aujourd’hui, non seulement pour moi mais pour quiconque. La science moderne, par exemple, ne me donne pas de raison d’espérer quelque chose de vraiment intéressant pour l’avenir. Il semble bien que, d’après la science, ma seule destinée est de mourir un jour et il en va de même de tout ce que j’aime. Tout devra disparaître un jour sans laisser de trace. Des philosophes modernes ont bien fait de parler du caractère absurde de l’existence humaine lorsqu’on la regarde comme dépourvue de foi religieuse. En revanche, le Dieu auquel je crois est un Dieu bon, dont l’idée éclaire mes jours et me nourrit intérieurement mieux que toute autre chose, que ce soit la science, les arts ou la philosophie, par exemple.

Marc-André D. :

            Bon, justement. J’aimerais te poser quelques questions sur cette idée de Dieu et sur le message catholique en particulier, puisque tu te dis catholique, je crois. Tu ne te sens pas gêné de la façon dont l’Église catholique a dans l’histoire persécuté les croyants des autres confessions, les hérétiques, les libertins ou les libres penseurs ?

Maxime B. :

            Je l’avoue, ce sont là des faits gênants pour tout catholique qui se respecte. Je pourrais te répondre en remarquant que l’Église catholique est loin d’être la seule organisation religieuse ou politique à s’être comportée de façon plus que critiquable. Les protestants ont aussi persécuté des libres penseurs ou des dissidents. L’Islam s’est étendu par la violence armée. En outre, certaines organisations qui ne sont pas religieuses ont été intolérantes et violentes à l’extrême, comme les fascistes ou les stalinistes. L’Église catholique a tout de même accepté les critiques à cet égard et posé certains gestes significatifs de regret comme dans le cas de Galilée. L’Église a reconnu ses torts également à l’égard des juifs. Je suis sûr que, de nos jours, elle ne fermerait plus les yeux sur les graves injustices dont les juifs ont été victimes.

Joanie Laporte :

            Je me sens un peu obligée de venir défendre le point de vue des femmes dans ce forum qui n’est sûrement pas réservé à la gent masculine, n’est-ce pas ? Que faut-il penser de chefs religieux — je pense aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI — qui s’entêtent à condamner l’avortement et qui persistent à maintenir les femmes catholiques en état de subordination, sans compter la façon dont ils traitent les homosexuels ?

Maxime B. :

            Là-dessus, Joanie, je partage ton insatisfaction. Je ne suis pas satisfait de ce que l’autorité catholique a fait jusqu’à présent en ce qui concerne la reconnaissance des femmes et des homosexuels comme des humains à part entière. Je pense, néanmoins, que je peux espérer une véritable prise de conscience de mon Église là-dessus et sur d’autres sujets, mais plus tard, dans l’avenir.

L’évolution possible de l’Église dans l’avenir 

Marc-André D. : 

            Pourtant Maxime, si j’ai bien compris, tu reconnais l’autorité catholique actuelle et tu acceptes de te soumettre à ses prescriptions ? 

Maxime B. : 

            C’est vrai. Mais je tiens à dire que je demeure libre de penser de façon critique à l’égard de ces autorités que je reconnais. C’est un peu comme un citoyen qui n’admet pas le bien-fondé d’une loi en vigueur mais qui accepte quand même de s’y conformer en attendant qu’éventuellement cette loi soit abrogée. 

Marc-André D. : 

            Tu espères donc qu’il y ait une évolution qui rendra caducs un certain nombre de règles qui sont aujourd’hui en vigueur dans l’Église ? Dans ce cas, il serait intéressant de considérer de quelle façon elle pourrait changer dans l’avenir afin que la croyance catholique devienne vraiment intéressante pour quelqu’un comme moi. Es-tu de mon avis, Maxime ?

Maxime B. :

            Oui, je crois que je serais capable d’envisager des changements dans la mentalité catholique actuelle et dans la façon de penser des dirigeants, en particulier. Par exemple, il est sûr que j’approuverais un changement du dogme à l’égard de la place des femmes ou des homosexuels dans l’Église. Sur la question des valeurs à partager, je crois que nous pourrions nous entendre tous les deux, mis à part le fait que tu refuses la foi. Cependant, comme je crois que l’Église peut changer, je crois également que les incroyants pourront changer leur point de vue dans l’avenir si certains changements de ce type étaient apportés dans la façon dont l’Église comprend elle-même son message.

Marc-André pose à Maxime une question redoutable pour tout croyant 

Marc-André D. : 

            Hum, je me demande si l’évolution que tu envisagerais volontiers pourrait aller jusqu’à me satisfaire. Par exemple, lorsqu’on dit, chez les catholiques comme chez bien d’autres, que Dieu est à la fois le créateur du monde, qu’il est omniscient, infiniment bon et tout-puissant, j’y vois une contradiction profonde. Je ne peux comprendre comment Dieu, s’il a vraiment créé ce monde et s’il est vraiment tout-puissant et omniscient, peut être en même innocenté de tout le mal qui s’y est produit et qui se produit encore. Faut-il vraiment croire que toute la responsabilité revient à l’humain malgré son ignorance et ses faiblesses ? 

Maxime B. : 

            On ne peut tenir Dieu responsable du mal qui se produit dans sa création. Une première raison est que Dieu a voulu créer l’humain libre, c’est-à-dire responsable des conséquences de ses agissements. Si un humain maltraite un autre humain, c’est donc l’humain qui en est responsable et non Dieu. Par ailleurs, il nous faut accepter les limites de notre compréhension. Nous ne pouvons pas tout comprendre, c’est un fait. Il nous faut être réaliste et accepter ce fait.

Marc-André D. :

            Franchement, Maxime, j’estime que ta réponse est insuffisante. D’abord, il n’y a pas que les maux dont on peut juger l’humain responsable. Il y en a bien d’autres et non des moindres. Par exemple, que dire des catastrophes naturelles telles que les séismes ou les tsunamis ? Que dire de ces souffrances que des masses d’humains doivent supporter et qui ne découlent d’aucune décision humaine délibérée, telles que les accidents, la maladie, la vieillesse et la mort inévitable ? Que dire de la perte d’êtres chers qui représentent souvent ce qu’il y a de plus précieux pour un humain ? Tu invoques le mystère des desseins divins. Je suis d’accord pour accepter de ne pas tout comprendre. Cependant je ne peux me résoudre à accepter ce que ma raison me fait voir comme inacceptable. Pourquoi ce Dieu auquel tu crois ne veut pas au moins accepter une part de responsabilité dans ce dont nous ne sommes certainement pas responsables de façon consciente ? Es-tu sûr que ta réponse respecte vraiment l’humain sincère qui, après tout, a le droit de se questionner sur les intentions profondes de la divinité qui l’a créé, en supposant bien sûr que cette divinité existe ?

Maxime B. :

C’est une question difficile et même redoutable pour le croyant que tu poses là, Maxime. Je ne veux pas faire comme si de rien n’était. Je suis sensible à de telles questions. Et je peux t’avouer qu’il arrive parfois qu’un doute fasse surface dans mon esprit et, alors, cela prend la forme de ce type de questionnement. Comment faire la distinction entre ce qu’on doit accepter de ne pas comprendre et ce qu’on doit au contraire s’efforcer de comprendre ? Car il y a des difficultés que je me dois de tenter de résoudre, que nous les croyants, nous nous devons de tenter de résoudre, ne serait-ce que parce que c’est le genre de difficulté qui éloigne pour de bon une personne raisonnable de la croyance en Dieu.

Marc-André D. :

            J’ai lu un philosophe qui prétend que Dieu n’est pas tout-puissant et que, peut-être, il est tout bonnement incapable d’empêcher le mal d’exister, surtout lorsqu’il s’agit d’un mal atroce, du mal absolu comme par exemple le mal de l’Holocauste[1]. Je pense qu’il faudrait que plus de croyants envisagent des solutions de ce type. Je veux dire qu’il faudra sans doute remettre profondément en question les croyances traditionnelles en ce qui concerne Dieu.

Maxime B. :

            Je crois aussi que ce sera quelque chose à envisager tôt ou tard. Cependant je préfère laisser à d’autres, plus savants que moi, le soin d’envisager des solutions aussi radicales. Car si on accepte de modifier les attributs de Dieu, où s’arrêtera-t-on ? Par exemple, faudrait-il aussi remettre en question l’omniscience et, à ce compte, même l’unicité de Dieu ? Nous risquerions fort de régresser au lieu d’avancer.

Marc-André et Maxime font ensemble des hypothèses sur ce que serait un Dieu bon

Marc-André D. : 

            En tout cas, je pense que ce serait un progrès pour notre connaissance de Dieu de supposer qu’il n’est pas absolument tout-puissant. Il est vrai qu’alors, il se pose tout de suite d’autres questions un peu embarrassantes. Si Dieu n’est pas capable de tout faire, alors que peut-il faire ? Il me semble qu’il peut quand même avoir été assez puissant pour créer l’Univers et tout ce qui existe dans cet Univers ? Qu’en penses-tu, Maxime ? 

Maxime B. :  

            Oui, ce serait une hypothèse à envisager. Mais comment expliquer dans ce cas qu’un être soit assez puissant pour créer l’Univers sans être tout-puissant ? Je ne connais personne qui ait envisagé une telle hypothèse. Cette situation me donne un peu le vertige.

Marc-André D. :

            D’accord, c’est vertigineux, mais c’est aussi exaltant quand même d’exercer une telle liberté de questionnement. Je crois dans mon for intérieur que Dieu, s’il existe, ne serait pas en désaccord avec ce que nous faisons. Car, après tout, c’est peut-être de cette façon que je pourrai croire en lui.

(…) 

Joseph Hoang : 

            Je suis tombé par hasard sur votre dialogue. Je ne comprends pas bien votre motivation. Pourquoi s’interroger sur une entité aussi abstraite ? Si encore il s’agissait d’une formule mathématique, cela pourrait faire avancer la science. Faire des hypothèses sur Dieu, c’est comme se demander si le père Noël, s’il devait vraiment exister, resterait habillé en rouge toute l’année.

(…)

Marc-André D. : 

            Si jamais tu repasses par ici, Joseph, tu pourras peut-être voir à quoi une telle discussion pourrait servir. C’est d’abord une recherche gratuite, comme la recherche pure de connaissance et de compréhension. Je pense que les mathématiciens et les physiciens théoriciens savent que cela est très motivant en soi. Et puis, trouver une nouvelle conception de Dieu qui serait meilleure que toutes celles qui sont connues actuellement, il me semble que c’est très important pour l’avenir. Plus les humains trouveront du sens à ce qu’ils sont et à ce dont ils proviennent, plus ils pourront être motivés pour agir de façon constructive. 

            Tu as écrit, Maxime, sur le fait que d’autres, plus savants que nous, seraient mieux placés pour faire des hypothèses valables. Ce n’est pas faux, mais je pense qu’ils nous approuveraient de chercher quand même à comprendre d’abord par nous-mêmes, quitte à demander ensuite à d’autres ce qu’ils en pensent. 

Maxime B. : 

            Moi aussi, j’ai réfléchi et je pense que tu as raison. Il nous faudra seulement éviter de croire avoir atteint seuls la vérité absolue sans raison suffisante. Je crois que cela vaut la peine de continuer. Peut-être pourras-tu ainsi croire en Dieu et pourrai-je moi-même me sentir plus en accord avec moi-même.

Le modèle du parent et de l’enfant 

Marc-André D. : 

            Il m’est venu une idée qui est peut-être originale. Il y a peut-être un moyen de mieux comprendre ce que serait Dieu, s’il existe vraiment. Imagine-le comme un père ou mieux, une mère, dont nous sommes l’enfant. Je veux dire que nous tous, les humains, serions vu par Dieu comme un père ou une mère voit son enfant. Et vice versa. L’humanité actuelle verrait Dieu comme un enfant verrait son père ou sa mère. Cette analogie peut nous aider à comprendre comment Dieu peut être à la fois assez puissant pour nous avoir créés, nous et cet univers, et quand même pas assez puissant pour empêcher totalement que nous nous fassions du mal ou que nous souffrions de différentes façons. Comme un père ou une mère, il souffrirait lui-même de nous voir souffrir et, comme un père ou une mère, il accepterait pourtant le fait que nous souffrons. En effet, pour la mère par exemple, elle ne s’inquiète pas exagérément si l’enfant pleure parfois ; elle tente de le soulager mais n’y parvient pas toujours.  

Maxime B. : 

            Je trouve intéressante ton idée de comparer Dieu à un parent qui serait en relation avec un enfant qu’il aurait « mis au monde », c’est-à-dire qu’il aurait fait exister. Je suis allé voir le professeur afin de savoir si, selon lui, l’idée était nouvelle. Il m’a répondu qu’une idée semblable a été développée déjà par le philosophe Richard Swinburne. Il m’a expliqué que notre idée serait probablement originale si nous supposions que l’enfant est encore très jeune. Si tel est le cas, l’enfant tend à croire ses parents tout-puissants et ce n’est que progressivement qu’il en arrive à comprendre qu’ils ne sont pas capables de tout faire. Ils ne peuvent faire en sorte que leur enfant ne ressente aucune souffrance lorsque, par exemple, il se fait les dents. Cela suggère que l’enfant serait encore un bébé, je dirais, d’environ deux ou trois ans. 

Marc-André D. : 

            Ainsi, d’après ce modèle de l’enfant, attribuer une puissance très grande bien que limitée à Dieu serait une progression de la compréhension humaine de ce que Dieu est. De plus, nous pouvons voir que Dieu ne peut faire en sorte que nous comprenions tout de suite ce qu’il est, tout comme les parents ne peuvent faire en sorte que leur enfant sache tout de suite ce qu’ils sont et la façon dont ils sont limités. 

Maxime B. : 

            Oui, ce modèle semble apte à nous faire avancer dans notre compréhension de la divinité. Cependant il ne faut pas nous imaginer qu’un tel modèle analogique nous fera tout comprendre tout de suite. D’ailleurs, c’est cohérent puisque l’enfant non plus ne peut être capable de comprendre immédiatement ce que sont ses parents de leur propre point de vue. 

Marc-André D. : 

            Je verrais pour ma part ce modèle comme apte à nous faire découvrir de nouvelles hypothèses en ce qui concerne l’identité de Dieu, ce qu’il pense et ce qu’il veut. Et, en même temps, ce modèle nous aide à mieux comprendre ce que nous sommes et les limitations de notre capacité de comprendre et de juger. 

Maxime B. : 

            Sais-tu, Maxime, que, plus j’y pense, plus je trouve ce modèle intéressant. Voyons notre position par rapport à Dieu. Nous sommes son enfant. Il est donc en un sens notre « créateur ». Nous sommes curieux de ce qu’il est, mais nous ne sommes pas encore en mesure de bien comprendre ses raisons. De son point de vue, Dieu considère comme normal que nous nous trompions sur lui, mais il espère que nous deviendrons capables de le comprendre de mieux en mieux. Loin de nous blâmer parce que nous sommes curieux de savoir ce qu’il est, il est content de voir que nous sommes capables de remettre en questions nos « connaissances » antérieures sur lui. 

            Épilogue : Les deux étudiants ont voulu en quelque sorte consacrer l’aboutissement de leur dialogue par un autre geste commun. 

           « Manifeste pour Dieu » 

            « Ce manifeste pour Dieu est le manifeste d’une recherche de Dieu sur de nouvelles bases.