On sait que plusieurs peuples américains ou africains ont été convertis au christianisme après l’arrivée des Européens entre le XVe et le XIXe siècles. Les textes de référence des chrétiens, qui sont essentiellement les textes bibliques et un certain nombre de textes catéchétiques ou apostoliques, ont pu occuper facilement le terrain, soit parce qu’aucun texte concurrent n’existait, soit parce que les textes concurrents ont été systématiquement détruits. Ce qui pouvait rester des corpus locaux aura été submergé par les textes européens, qui se seront ensuite imposés comme étant les seules sources crédibles ou autorisées.  

            La situation aura été différente en ce qui concerne d’autres régions du monde et, aussi, en ce qui concerne d’autres religions expansionnistes. Ainsi, le christianisme n’a que très peu pénétré en Inde et en Chine. Les textes chrétiens n’ont pas pu s’y imposer ainsi qu’ils l’ont fait dans d’autres régions du monde. De nombreuses copies de textes sacrés locaux existaient et n’ont pas pu être détruites entièrement, de sorte que même les versions les mieux adaptées de la Bible judéo-chrétienne n’auront pu les supplanter.  

            C’est sans doute pour une raison semblable que le bouddhisme est disparu de l’Inde, où il avait pourtant pris naissance. « Le bouddhisme eut beau réagir énergiquement contre ce milieu, ainsi que l’explique Braden, il fut graduellement assimilé par lui […] il avait fini par perdre tous ses traits distinctifs 1». Cela signifie sans doute que les références propres au bouddhisme ne sont pas parvenues à s’imposer, qu’elles se sont dispersées dans la Bible indienne comme celles d’une secte quelconque. Il aura été impossible aux bouddhistes même les plus fervents de submerger de leurs textes sacrés le corpus hindou ou de le détruire.

1 Charles S. Braden, Les livres sacrés de l’humanité (traduction de H. E. Del Medico), Paris, Payot, 1955, p. 165. 1